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Aurélie Kieffer : Nous sommes dans une démarche incitative. Aux éditeurs, nous disons : « allez-y » ! Au grand public : « essayez, c’est sympa » !

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Mais pourquoi ne pas être resté dans un circuit de distribution associatif puisque vous êtes une association ? On trouve vos livres audio dans le commerce !

Aurélie Kieffer : D’autres associations font déjà un très bon travail. Nous, on les encourage, on les aide à continuer, on leur offre des livres qui circulent par le prêt gratuit auprès de personnes handicapées. C’est notre collection « privée ».
Pourquoi une autre collection, destinée à la vente dans le commerce ? Pour deux raisons : D’abord pour éviter les ghettos. Une personne aveugle peut faire la même démarche que n’importe qui. Elle va dans une librairie, une FNAC. Elle va acheter son livre, en l’occurrence un livre audio, mais elle fait comme tout le monde, sans que personne ne lui fasse la charité. La deuxième raison, c’est que nous voulons aider le marche du livre audio à se développer en France, et cela passe par une sensibilisation du grand public. Le jour où tous les grands éditeurs s’intéresseront au livre audio et décideront d’enregistrer leurs principaux livres au moment de leur parution, ceux pour qui c’est une nécessité en profiteront comme les autres. C’est comme lorsqu’on décide d’abaisser les trottoirs en pensant aux fauteuils roulant. Eh bien, c’est pratique non seulement pour les handicapés mais aussi pour les poussettes des mamans ! C’est positif pour tout le monde, il n’y a pas de ségrégation.

Ce choix n’a pas dû vous faciliter la tâche. Car j’imagine que c’est rare qu’un éditeur traite avec une association dans un cadre marchand. Est-ce que les éditeurs travaillent bénévolement, eux aussi?

Aurélie Kieffer : Non, sauf un (rires) ! La négociation, c’est au cas par cas. En général, les éditeurs ne cèdent pas leurs droits s’il s’agit du secteur marchand. Je peux d’ailleurs comprendre qu’à partir du moment où le produit final est destiné à la vente, ils ne fassent pas de cadeau. Ce qui m’a étonnée, c’est qu’il soit à ce point difficile d’obtenir des droits gracieusement quand il s’agit de livres audio exclusivement destinés aux bibliothèques sonores (réservées aux handicapés visuels, ndlr). Certains éditeurs sont d’accord mais à condition de ne sortir qu’un exemplaire par exemple. Mais quand on voit le boulot que cela représente d’enregistrer un livre, quand on voit le temps qu’on y passe pour le faire dans de bonnes conditions, on a envie que ça puisse servir à un maximum de gens. Eh bien ce n’est pas évident !

Toute la chaîne de production est assurée par des gens complètement bénévoles ?

Aurélie Kieffer : Oui. Pour certains enregistrements, Radio France met à notre disposition des techniciens, qui ne sont donc pas payés par nous. Même chose pour le matériel. C’est une aide très importante pour nous. On n’aurait pas pu faire le travail qu’on a fait sans le soutien de Radio France.

Le groupe Radio France vous apporte aussi un soutien publicitaire.

Aurélie Kieffer : Non, pas publicitaire. Il y a eu des choix rédactionnels, faits individuellement, mais aucune consigne au niveau de la maison pour promouvoir l’association. Je vous le dis sincèrement parce qu’on a parlé de nous sur Europe 1 ou France 2 de la même manière qu’on en a parlé sur les antennes de Radio France. Evidemment, c’était plus facile de faire passer notre message auprès de gens qui avaient connu Julien de près ou de loin.

On vous a quand même fait une bonne publicité du fait de votre appartenance au monde des médias !

Aurélie Kieffer : Encore une fois, je ne dirais pas publicité. Je pense que le soutien de Radio France rassure, est perçu comme un gage de qualité. Du coup on est pris en considération, y compris par d’autres médias. Mai je précise que Lire dans le noir est une association Loi 1901, dans laquelle il n’y a pas que des gens de Radio France, loin de là.

Et puis il y a le soutien de la FNAC.

Aurélie Kieffer : Nous sommes allés les voir. Nous avons discuté avec eux pour les convaincre, leur faire comprendre notre démarche. Nous leur avons expliqué pourquoi c’était important de présenter les livres audio à côté des livres papier : pour qu’on comprenne bien qu’il s’agissait d’une autre version du livre, qu’il y a vraiment un point commun. Ils ont adhéré et c’est formidable !

Et qu’en est-il de l’auteur ?

Aurélie Kieffer : La règle est effectivement d’impliquer les écrivains. Selon les circonstances, on ne peut pas toujours enregistrer l’intégralité avec eux, mais il est important que l’on puisse entendre leur voix. Les auteurs nous donnent toujours de leur temps bénévolement.

Tout le monde joue donc le jeu du bénévolat, mis à part l’éditeur qui demande son pourcentage, et la FNAC ?

Aurélie Kieffer : (rires) Oui, voilà, chacun y met quand même un peu du sien ! La FNAC nous fait des conditions intéressantes.