Aurélie Kieffer : Nous sommes dans une démarche incitative. Aux éditeurs, nous disons : « allez-y » ! Au grand public : « essayez, c’est sympa » !
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J’imagine que les petits producteurs de livres audio se sont dit « nous, nous n’avons jamais eu droit à tout ça !».
Aurélie Kieffer : Oui, sans doute. Ce qui se comprend et ce qui est une erreur. Il y a eu un malentendu au sujet d’un titre de Didier Van Cauwelaert. Nous lui avions parlé de Lire dans le noir, il a été très enthousiaste et il nous a rappelés après, pour nous dire « Voilà, je suis en train de terminer mon prochain livre, est-ce que cela vous intéresse que je l’enregistre avec vous ? » Alors on a dit oui, (rires) ! Nous avons contacté son éditeur qui nous a fait signer un contrat. L’enregistrement est sorti et nous avons découvert qu’une autre maison d’édition de livres audio avait appelé l’éditeur après nous. Eux ont eu l’impression qu’on avait cherché à les court-circuiter. Alors que si on nous avait dit que quelqu’un d’autre avait prévu d’enregistrer cet ouvrage, nous ne l’aurions pas fait. C’est ce qui s’est passé pour le Livre Inter 2003 : Jean-Marie Cavada nous avait suggérer de l’enregistrer, mais l’éditeur nous a indiqué que Livraphone venait de déposer une demande. Nous on a dit, tant mieux ! L’important, pour nous, c’est que cet enregistrement existe. Notre mission n’est pas d’être une maison d’édition à part entière. Nous ne cherchons pas à inonder le marché de livres audio.
C’est à dire ?
Aurélie Kieffer : En ce qui concerne les livres destinés à la vente, pour le grand public, nous sortons entre trois et quatre livres par an. Et notre ambition n’est pas d’aller au–delà, parce que nous sommes dans le registre de la sensibilisation. On dit « Regardez, enregistrer le dernier livre de Didier van Cauwelaert, de Jean d’Ormesson ou de Philippe Delerm, c’est possible. Maintenant, vous, les éditeurs, à vous de jouer, vous pouvez le faire ! ». On est dans une démarche incitative. On s’adresse à la fois aux éditeurs pour leur dire « Mais allez-y, il y a un marché à prendre ! ». Et on s’adresse au grand public pour leur dire « Regardez, les livres audio, c’est quand même vachement sympa. Vous devriez les découvrir, écouter les voix des auteurs eux-mêmes. Aujourd’hui, vous pouvez découvrir des livres audio dans toutes sortes de condition. Alors faites-le ! »
Vos coffrets sont-ils vendus moins chers que ceux des autres ?
Aurélie Kieffer : On est dans le bas de la fourchette. Mon idée de départ, c’était de mettre le livre audio au prix du livre. C’était l’idéal. Là dessus, j’ai regardé les prix pratiqués, et j’ai dit « Attention, l’objectif n’est pas de casser le marché ou de faire ce qui pourrait être perçu comme de la concurrence déloyale », etc. Du coup, la logique pour l’instant est de prendre le prix du livre, auquel on ajoute un euro par CD : pour Jean d’Ormesson, le livre était à 16 euros, plus 4 CD, égale 20 euros. Avec cette logique, on a sorti en octobre « L’Evangile de Jimmy » qui fait 10 CD audio. On arrive au prix de 32 euros, ce qui nous semble un plafond. Et beaucoup de coffrets de livres audio sont bien au-dessus de ce prix. Pour attirer de nouveaux publics, il ne faut pas que le livre audio soit perçu comme un produit de luxe.
Financièrement, ça va ?
Aurélie Kieffer : Oui, notre objectif immédiat est d’embaucher une personne pour gérer le quotidien.
Combien d’exemplaires est-ce que vous vendez en général ?
Aurélie Kieffer : Chiffres de vente, précisément, je ne sais pas. Au bout de deux ans, nous avons quasiment épuisé « C’était bien » de d’Ormesson, que nous avions tiré à 2.000 exemplaires.
Est-ce que vous bénéficiez de subventions autres que celles de Radio France ?
Aurélie Kieffer : L’aide de Radio France est matérielle, pas financière. Nous n’avons pas encore demandé de subventions pour l’instant. Nous avons reçu le soutien ponctuel d’entreprises privées, et nous avons depuis peu le soutien d’Alain Afflelou en tant que mécène.
Et puis, en plus de vos collections, il faut rajouter vos autres activités !
Aurélie Kieffer : Nous aimerions développer plus avant notre collection pour le prêt gratuit, développer notre rôle de soutien aux associations. Et, toujours dans ce travail de sensibilisation et de promotion du livre lu, nous organisons de temps en temps des évènements pour sensibiliser les gens à la fois au handicap, et aux plaisir de la lecture à voix haute. C’est, par exemple, la « Lecture dans le noir » que nous avons organisée avec Daniel Pennac à la médiathèque de Boulogne Billancourt. C’est une démarche intéressante parce que les gens rentrent dans une salle plongée dans le noir absolu, guidés par des aveugles, ce qui fait déjà un peu réfléchir… Et puis la voix de Daniel Pennac vous raconte des textes, en l’occurrence des extraits du « Parfum » de Patrick Süskind, faisant appel aux sens. C’est un vrai plaisir d’avoir cette voix qui vous guide à travers d’une histoire. Nous ne voulons prendre la place de personne. Nous ne sommes pas là pour faire concurrence aux autres maisons d’édition mais pour ouvrir des portes, de nouvelles voies. Si certains ont l’impression, à tort ou à raison, que nous arrivons à nous faire une petite place dans les médias là où eux n’y arrivent pas, qu’ils sachent que nous sommes leurs ambassadeurs plutôt que leurs concurrents !
L’association représente combien de membres après trois ans d’existence?
Aurélie Kieffer : Autour de 200 membres. Là, nous préparons notre troisième Salon du Livre. Le premier, en 2003, c’était avec Jean d’Ormesson, et nous allons nous rendre compte du chemin parcouru. Nous serons présents sur le stand de Radio France, du début à la fin du salon !
Pour terminer, la traditionnelle question : quels sont les trois livres audio que vous nous recommanderiez ?
Aurélie Kieffer :
1/ « Le dictateur et le hamac », de et par Daniel Pennac (Lire dans le noir)
2/ « Hors de moi », de et par Didier van Cauwelaert (Lire dans le noir)
3/ Pour les enfants : « Le jardin secret » de Frances Burnett, raconté par Yvonne Clech, Jean-Pierre Cassel et Henri Guyot (M10).
Propos recueillis au téléphone par Denis Lacassagne le 22 février 2005
Aurélie Kieffer, 32 ans, a travaillé dans les radios locales de Radio France, à Radio Bleue, France Culture et au Mouv' avant de rejoindre l'équipe de France Info. Après avoir présenté les chroniques "Objectif Métier", "Objectif Mobilité" et "Paroles de génération", elle propose, tous les mercredis, la chronique "Tendance Junior" et est co-responsable du site Internet de la station.