 | Helen Ginier-Gillet lit Eva Joly (Livrior) |
C’est pour cela que vous mettez l’accent sur le format MP3 sur votre site ?
Thierry Conesa : Oui, comme les autoradios MP3. La vente de matériel est anecdotique en terme de chiffre d’affaires, mais je voulais montrer sur le site l’offre matérielle existante. Quand on parle de livres audio, les gens pensent aujourd’hui au CD et à la chaîne hi-fi. Ça me semble logique de proposer, au public nomade que nous ciblons, les appareils nomades qui sont faits pour lui. Sur le site, nous répondons donc aussi aux questions concernant le matériel. Le numérique est vraiment pratique ! En tant qu’utilisateur, j’ai une clé USB de 256 Mo, je mets mon livre audio dessus. Plus besoin d’être avec son gros matériel dans le métro. Je pense aussi à une personne qui transporte sa clé USB pour ses exercices de relaxation. « Je peux faire mes exercices quand je veux », me disait-elle. Et le matériel va encore évoluer au fur et à mesure que la mémoire va augmenter. Maintenant, c’est vrai qu’il y a une crainte du piratage. Nous même, nous devons en tenir compte dans le développement de notre structure. Comme je me positionne aussi sur le téléchargement, c’est compliqué. Car, avec le numérique, on peut aussi pirater tout ce que l’on veut ! Tous les discours des Microsoft, Apple et autres... pour dire qu’on ne peut écouter que sur leur plate-forme, et sans pouvoir dupliquer ou pirater, c’est faux !
Je trouve que vous en parlez quand même de manière sereine. Un peu comme si vous considériez le piratage comme étant l’équivalent de ce que la grande distribution appelle « la démarque inconnue ».
Thierry Conesa : Complètement ! On peut considérer qu’on a 10% du chiffre d’affaires qui s’envole à cause du piratage. A partir du moment où on le sait, on doit vivre avec… C’est toujours gênant vis à vis des interprètes, des comédiens qui en sont les premières victimes, mais c’est comme ça !
Et ces matériels MP3, est-ce que vous les trouvez adaptés au livre audio qui comporte de longues plages sonores, bien plus longues qu’en musique ?
Thierry Conesa : C’est bien pour cela que je fais des plages relativement courtes ! D’environ sept minutes. C’est vrai qu’avec la cassette, on pouvait stopper l’écoute et reprendre exactement au même endroit. Tous les lecteurs MP3 n’offrent pas cette fonction « mémoire de plage ». Il faut parfois se dire « j’écoute mon chapitre jusqu’au bout et ensuite je reprends ».
En tant que jeune entreprise, est-ce que cela vous est facile de contacter des éditeurs, des ayant-droits ?
Thierry Conesa : Oui, je n’ai pas de souci de ce côté là. Même les auteurs me reçoivent bien. Dans le cas d’Eva Joly, j’ai appelé Les Arènes, alors que ma société n’existait même pas juridiquement. Je leur ai expliqué mon projet, nous avons négocié et ça s’est signé. Les éditeurs, de manière générale, sont plutôt enthousiastes, les auteurs aussi bien sûr, les acteurs, je n’en parle même pas. Ils sont très heureux de participer à ce type de projet.
Mais dans ce cas là, si tout le monde est aussi enthousiaste, pourquoi n’y a-t-il pas plus de livres audio sur le marché et depuis plus longtemps ?
Thierry Conesa : En fait, parce que la grande question, c’est la distribution. Nous sommes en cours de constitution de catalogue. Les distributeurs nous demandent un catalogue plus volumineux (nous ne nous précipitons d’ailleurs pas) et il est clair que le livre audio ne les fait pas frémir de toute façon. Nous sommes référencés à la FNAC ou dans les bases de données type Electre. Les libraires peuvent donc nous trouver. Quand nous les rencontrons, ils sont d’ailleurs intéressés par nos produits. Nous mettons en place notre stratégie de distribution. Pour l’instant avec le site, ça se passe bien.
Les éditeurs ne vous rétorquent pas que, après réflexion, ils préfèrent se charger eux même de leurs éditions sonores, leur marque étant plus connue que la vôtre ?
Thierry Conesa : C’est ce que fait Gallimard en ce moment et c’est le risque. Mais en général ils considèrent que leur métier, c’est le livre papier. Du moins pour le moment, parce que tout bouge très vite. Cela dit, il n’y a pas beaucoup d’éditeurs de livres audio et je crois qu’il y a de la place pour tout le monde. Je crois être complémentaire de Frémeaux , de Livraphone ou d’autres. Plus nous sortons de titres et plus c’est bénéfique pour tout le monde. Du moins j’espère (rires) ! Je crois réellement que la marge de progression est grande parce que c’est une autre manière de consommer du livre et c’est ce que les gens vont découvrir petit à petit. |